Étudiants - Archives des années précédentes - 2008/09 - 1° année (2008/09) - MÉMOIRES - TROVATO Gaëtan -

02.Couleur

Le stage initial a engendré un nombre important de projets, d’envies, de pistes et de réflexions. L’une d’elle porte sur la mémoire, plus précisément celle d’une mémoire colorée. Aujourd’hui, les couleurs font parties intégrantes de notre quotidien. La profusion est telle qu’il paraît maintenant difficile de ne plus nous y intéresser. C’est, sans contestation possible, le vert que ma mémoire a imprimé lors du séjour. Goethe, vers la fin du XVIIIe siècle lui trouve des vertus apaisantes et le recommande pour l’intérieur des appartements et spécialement, dit-il, pour la chambre à coucher. A bien des égards ce vert m’aura apaisé, et ces différentes juxtapositions dans l’espace on offert à mes yeux un spectacle naturel de forme et de matière. Je me suis longuement questionné sur les rapports que je pouvais entretenir avec la couleur. La vérité étant, je suis daltonien si bien que nos rapports n’ont jamais été au beau fixe.

Peinture

J’ai peint à ma manière un test de daltonisme en inscrivant le numéro 21 à l’intérieur. J’ai mêlé les trois couleurs primaire par point jusqu’à ce que je ne puisse plus distinguer le numéro. J’ai d’abord peint le numéro puis je suis venu mêler les couleur juste à coté. Je constate que c’est lorsque les points du numéro (de couleur rouge et une pointe de jaune) sont confronté à un vert profond il peuvent se confondre aisément. Au final j’obtiens un amas de couleur qui semble avoir été projeté sur le papier, le chiffre 21 a été pour ma part happé par les autres couleurs. Cette couleur que je ne peux pas voir fait écho au vert dominant du séjour.


Vidéo

Différent prélèvement pris sur place (notamment les feuilles) m’ont étrangement rappelé les tests de dépistage du daltonisme. J’ai prélevé dans les photos numériques des tâches de couleurs ou le vert était pour moi le plus dominant. A postériori je constate cependant que mes prélèvements photographiques n’étaient pas tous verts. J’ai ensuite constitué un diaporama très rapide des prélèvements ainsi obtenu en venant y ajouter un test de daltonisme en transparence et ainsi masquer en quelques sorte la vision de ces prélèvements. Dès lors, le spectateur se retrouve face à une vision erroné qui pourrait traduire le «  décalage calorimétrique  » que j’ai pu vivre face aux autres. La voix off, quant à elle, défile une première fois en sens inverse puis reprend un rythme normal, elle répète le mot «  vert  », en se multipliant à chaque nouvelle couleur. La multiplicité des points de vues, la subjectivité que peut avoir le ressenti d’une couleur font peut être de nous tous des daltoniens.

TEXTE

La couleur ?

A dire vrai je ne crois plus trop aux couleurs. Notre relation s’est détériorée lorsque j’étais en Cm2. Une banale carte de géographie est devenue un enfer, colorier les océans en violet, quelle idée ??!! Les années n’ont rien fait et c’est toujours avec autant d’appréhension que je me garde bien, de donner mon avis sur telle ou telle nuance. Pourtant, je peux les voir comme tout le monde, je peux les toucher aussi mais je préfère aujourd’hui les ressentir avec des codes qui me sont propre. Le rouge peut bien être du marron après tout, le violet peut être du bleu, qu’importe la nuance de vert que la nature a à offrir à mes yeux. De ce que je sais, le rouge me rassure, le marron me dégoutte un peu, le vert peut parfois être très sale et le violet me fait mal au yeux. je déteste cette couleur et aujourd’hui c’est a mon instinct plus qu’à mes yeux que je peux me fier.
Rouge, bleu, vert, marron, violet, rose, jaune, orange, voilà je viens d’énoncer toute les couleurs principales que je connaisse, enfin ... je crois. Leurs noms prédominent sur leurs essences mêmes. De quelle couleur vois-tu cet objet ? Pauvre petit daltonien qui dois voir le monde d’une autre manière ! Non, le monde des couleurs qui nous est offert ne diffère pas d’un être a l’autre pourtant, à Sussargues, la nature nous a offert son plus bel apparat. Une composition complexe où le vert se démultipliait à l’infini, se superposait sur lui même faisant ainsi raisonner des échos différents dans les moindres feuillages des arbres, de l’herbe et des buissons. Ce vert en expansion était, restera gravé en moi comme une explosion nucléaire de nuance dont j’aurais été la victime bien heureuse...


ESAAix - École supérieure d’art d’Aix-en-Provence - http://www.ecole-art-aix.fr