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ATELIER GRAVURE

L’atelier gravure, dirigé par Jacques Hémery, fut tout autant chargé d’activités et de découvertes. Nous avons commencé par choisir un dessin en vue de le transformer en gravure. Pour moi, la gravure s’est déroulée en trois temps, en fonction de trois matériaux. On utilise toujours des pointes sèches pour graver, parfois des gouges...

PREmIERE ETAPE : LE PLEXIGLASS

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C’est sur une petite plaque de plexiglass que j’ai débuté une série consacrée aux insectes, et plus particulièrement aux araignées. Je me suis appuyé sur une image déjà existante pour éviter de perdre trop de temps à dessiner quelque chose de creux et pour ne pas m’enterrer dans la thématique lourdement sylvestre d’Esparron. Il s’agit de Nature démiurge - insectes, un ouvrage des collectionneurs Anne et Jacques Kerchache, dans lequel on peut trouver la photographie d’une araignée extraordinaire, dotée de fort longues pattes et de deux énormes mandibules, munies de pointes et de griffes... magnifique. L’araignée est disposée de la même manière que dans n’importe quelle collection d’insectes, c’est-à-dire qu’elle figure à plat, parfaitement symétrique et dans une propreté clinique. C’est cet aspect qui m’a toujours attiré dans cette image, et que je me suis aventuré à détourner pour la gravure. D’après plusieurs photocopies, j’ai modifié les proportions de cette araignée et agrémenté certain détails, afin de me la réapproprier un minimum. J’ai tenté d’abolir cette symétrie, autant dans la forme du sujet que dans l’espace occupé ; et ainsi, je me suis progressivement rapproché des gravures d’insectes ou de plantes que l’on pouvait trouver parfois dans certains ouvrages d’illustration du XVIIIe siècle. J’ai conservé en revanche la propreté de la présentation, par pur souci esthétique.



> Techniquement, la gravure ne m’a posé aucun problème majeur. m’étant souvent donné pour contrainte de ne pas avoir droit à l’erreur en dessin, je me suis mis à graver tout aussi librement. Chaque dérapage de la pointe dans le support est fatal, mais on peut toujours tenter de le rattraper. Lorsque la plaque est prête - parfaitement polie sur les bords et suffisamment gravée - , on peut l’enduire d’une espèce de cirage noir, qui n’est rien d’autre qu’une encre. On fait tremper pendant ce temps du papier spécialement conçu pour passer dans des presses ; ensuite, on le fait sécher de manière à ce qu’il reste humide. On dispose successivement sur le plateau d’une presse, la plaque, le papier humide, du papier carotte, le feutre de cette presse, et on aplatit soigneusement. Puis on actionne la roue ou l’hélice, tout dépend de la machine employée. La fonte vient écraser, sous le feutre, le papier contre la plaque, et ainsi l’impression se fait. On fait sécher ses gravures sur des claies.
Il peut arriver, pour le plexiglass, que la plaque se fende à partir des bords (on observe cela sur ma troisième gravure, ci-dessus) ; cela est dû aux répétitions du nettoyage au white spirit qui agresse le matériau et aux passages sous la presse.


DEUXIEmE ETAPE : L’ACIER

Comme mon travail sur plexiglass paraissait minutieux et détaillé, je me suis vu poursuivre sur une paque d’acier. Cette fois-ci, je me suis complètement investi dans l’image, puisque j’ai inventé une nouvelle araignée, mais toujours à partir d’insectes de ma connaissance, dans le but de conserver un faux-semblant de réalisme. Je voulais que la question se pose, au regard de mes gravures, sur l’existence véritable de ces araignées...
L’acier, à la différence du plexiglass, est un matériau dans lequel il ne faut pas hésiter à revenir plusieurs fois. En fait ma première gravure dans l’acier fut légèrement insuffisante, ce qui m’a obligé à reprendre la totalité de mon image, en accentuant de nouveau chaque trait. Belle récompense au moment des impressions. L’acier en effet permet un aspect plus doux, et ouvre peut-être un plus grand champ de nuances, que ce soit dans le rendu de la matière ou dans les effets de lumière.




TROISIEmE ETAPE : LE LINOLEUm

J’ai beaucoup moins aimé travailler sur le lino, car je l’ai trouvé assez grossier et peu maniable. Erreur cependant, car il est tout à fait possible d’atteindre une extrême finesse et un rendu quasi identique à celui du métal ... à force de patience, et d’expérience ... Peut-être aussi en utilisant des gouges plus adaptées, pour creuser plus précisément la matière. mais pour une première, je pense que cette plaque de lino restera un sacré souvenir. Je déplorais tellement de ne pas pouvoir travailler avec finesse, que j’oubliais tous les détails sur une mygale qui ne ressemble bientôt plus vraiment à une mygale. Ceci étant, mes tirages me satisfont encore aujourd’hui, alors je ne me plains pas. Au contraire, j’ai hâte d’aller au-delà.
> Pour le linoléum d’ailleurs, l’impression s’effectue sur une plus petite presse, que l’on actionne vers soi à l’aide d’un manche ; celui-ci tire une sorte de petit rouleau de fonte sur notre plaque et notre papier, lequel papier n’a plus besoin d’être humidifié. Ainsi, les tirages peuvent être bien plus rapides, et forcément, plus nombreux.







LE PROJET

Au final, mon projet consistait à réunir des spécimens rares ou transformés d’araignées dans une sorte de recueil. Ce fut justement la dernière étape proposée par Jacques, de nous faire fabriquer nos propres cartons à dessins pour y classer nos gravures ; l’occasion d’apprendre les techniques fondamentales de la reliure.
> Nous nous sommes donc équipés de carton épais, de kraft collant, de colle, de tissus ou de papiers au choix, etc. Je voulais que mes carnets entrent en contradiction avec ce qu’ils allaient contenir matériellement et visuellement. C’est pour cette raison que je les ai recouverts d’une espèce de velours noir, doux au toucher. A l’intérieur, les images sont plus « piquantes » pour la vue, permettant ce contraste et cette alternance sensorielle.

Plastiquement, l’atelier sérigraphie / gravure aura été une grande aventure : beaucoup de premières fois, beaucoup de nouveauté, des envies constantes de production et de création ; avec une fois de plus le sentiment rassurant de faire aboutir quelque chose, plastiquement et mentalement. Cette expérience, je voudrais bien sûr la retraverser, et cette fois, prendre davantage de temps, pour une réflexion plus mûre et une démarche plus construite encore. mais voilà, nous sommes en première année et le stade expérimental est inévitable : on passe déjà à autre chose... Ultérieurement, je pourrais certainement appréhender l’espace et les techniques de sérigraphie et de gravure avec plus d’aisance ; je pourrais ainsi faire durer un ou plusieurs projets.



ESAAix - École supérieure d’art d’Aix-en-Provence - http://www.ecole-art-aix.fr