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.    2 atelier volume / visages

La semaine suivante, Lionel Scoccimaro nous ayant quitté, l’atelier volume s’est poursuivi par des projets personnels pour tous les étudiants. France & Robert nous ont proposé de réaliser des empreintes faciales...

Ce second projet s’ouvrait sur la problématique du masque ; et une fois encore, il fallait se pencher sur la manière d’installer ou de mettre en scène cet objet. Notre travail devait d’abord passer par une phase de réflexion ; après quoi nous pouvions procéder à une démarche plastique.
a) Dans un premier temps, pour faire le moulage de son visage, il faut s’y prendre à deux ou trois. Avant toute chose, on préparera une bonne quantité de petites bandes de gaze plâtrée, coupées en rectangles de tailles variables. Ensuite il faut enduire le visage de la personne à mouler avec de la vaseline, sans quoi le plâtre, au contact direct du visage, risquerait d’en arracher la peau. La face toute luisante de graisse, la personne s’allonge tranquillement afin que ses camarades commencent à lui recouvrir le visage avec les bandelettes plâtrées. C’est froid - surtout sur les yeux - , de l’eau coule de partout dans le cou, dans le nez, dans les yeux qu’on ne ferme jamais assez ; bref, c’est bien agréable pour soi, et fort drôle pour les autres. Les bandelettes s’appliquent d’abord sur le front, puis les tempes, de manière à encadrer le visage ; ensuite le menton, la bouche, les yeux, les narines et le nez. Comme il est impératif de laisser respirer la personne, on lui laissera toujours les narines libres et dégagées. L’opération se répète environ quatre fois, car en multipliant les couches, on consolide le masque. En peu de temps le plâtre sèche. Dessous, on ressent qu’il chauffe et qu’il a tendance à se resserrer. Alors seulement on peut le retirer précautionneusement du visage de la personne. On rebouchera les narines après l’avoir fait sécher complètement.



b) Lorsque le moulage est terminé, la seconde étape peut démarrer. Nous avons confectionné des masques en latex. Cette matière peut être très résistante et a surtout cette capacité d’être très souple. Pour faire un masque de latex, on commence par appliquer de la vaseline à l’intérieur du moulage en plâtre. Puis, en fines couches successives, on étale au pinceau le latex qui ressemble à une espèce de colle. Chaque couche doit être parfaitement sèche avant la suivante, d’où l’utilisation bruyante des sèche-cheveux. Si le latex n’est pas assez sec, il ne résiste pas au démoulage, et crée des défauts, des manques dans les parties fortes du masque - en général le nez, le menton, ou les lèvres. Il faut compter une bonne dizaine de couches pour obtenir un masque relativement résistant. C’est un travail qui requiert patience et attention, et durant lequel il peut être intéressant d’apporter quelques touches de fantaisie. Par exemple, on peut mélanger des encres colorées avec le latex, pour créer des différences aspectuelles. Pour ma part, j’ai noirci avec quelque teinte rougeâtre et une autre assez verdâtre, les yeux et la jointure des lèvres de mes deux masques, car mon projet germait un peu dans ma tête... Par la suite, j’ai agrémenté mes masques de clous et de vis rouillés, jouant également des torsions noueuses du fil de fer ; tout ceci bien sûr dans l’optique et au gré du projet que je m’instaurai.









mON PROJET

Il s’agit d’une réponse à la douleur, identifiée avec l’existence elle-même ; cette dernière étant contenue dans le fait que les masques (au nombre de deux) sont des témoins de mon existence réelle propre. A travers une esthétique violente et carnassière, j’ai voulu retranscrire le cheminement de la souffrance, du point de vue d’un comportement humain lambda. J’ai longuement réfléchi à la relation qui allait unir mes deux masques dans le jeu d’aller-retour que j’avais l’intention de proposer, à tel point que j’ai réalisé combien l’un devait répondre à l’autre, et créer de ce fait un mouvement cyclique interminable.

> Le premier masque, je le présente à la manière d’une dissection expérimentale, cloué et extrêmement étiré sur une plaque de bois. D’ailleurs cette dernière perd complètement ses caractéristiques sous les coups de burin et de ciseau à bois que je lui assène ; elle adopte celles d’un miroir éclaté. Des clous, des fils de fer, et de petites pièces métalliques viennent entraver et rythmer à la fois l’espace du miroir qui se veut sans réelle limite, et celui du visage pour en souligner l’aspect douloureux.






























> Le second masque, détaché de tout support, est à son tour violenté par le fil de fer et de nombreuses vis rouillées. Son apparence est également agressive pour l’oeil et l’esprit, mais l’intention première n’est pas offensante.





Le spectateur s’approche du premier masque, accroché au mur à hauteur de visage, de la même manière qu’il viendrait se regarder dans le miroir. Là, il découvre brutalement, non pas l’apparence, mais bien l’intérieur disséqué de son propre être. Ses souffrances et ses peines lui bondissent à l’esprit, puisqu’il est à vif ; elles le piquent dans son for intérieur. Une spirale au niveau de la bouche lui indique que tout effort de parole est vain. Alors son comportement devient instinctif, et sous le joug de l’inquiétude, il recherche un exutoire. Peu importe ses croyances, son regard se tourne vers le ciel, sauf qu’il y découvre une image toute semblable. Le second masque, détaché de son propre être le rappelle pourtant à sa condition. Le semblant d’image salvatrice auquel il aspirait n’est en fait qu’une énième projection de sa douleur sur les choses. Retour au miroir, qui explose de plus belle sous le coup de la révélation. Climat hautement apocalyptique (en grec, apokalupsis signifie révélation) qui justifie cette esthétique chaotique et démesurée, imprégnée de l’angoisse du retour perpétuel d’un masque à l’autre.








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