Étudiants - Archives des années précédentes - 2007/08 - 1° année (2007/8) - MÉMOIRES - REBUFFAT Morgane* - <02>Mémoire -

Atelier d’écriture..

  • Dessiner avec des mots.. (04.12.07)

Choisir une des définitions de techniques de peinture et dessin tirées du dictionnaire du « Service de l’Inventaire des monuments et Richesses Artistiques de la France » et écrire un texte (en s’inspirant de ce qu’on voit à travers une fenêtre), comme si on utilisait cette technique.

"DESSIN
Représentation graphique des formes, comportant ou non des rehauts colorés destinés à marquer certains volumes ou certains accents, exécutée sur des supports de dimensions et de nature variables (tablette, parchemin, carton, papier teinté ou non, textile, matières synthétiques) à l’aide de différents matériaux (dessin au crayon, à la sanguine, lavis). Ensemble des lignes et des contours qui déterminent une forme peinte : « Premièrement, l’on appelle dessin la pensée d’un tableau laquelle le peintre met sur du papier ou de la toile pour juger de l’ouvrage qu’il médite (...). L’on appelle (aussi) dessin les justes mesures, les proportions et les contours que l’on peut dire imaginaires des objets visibles. » (Roger de Piles)« 
 »Croix de fer rigide, froide pour quatre transparences douteuses sur palmier de béton.
Arborescence de lignes noires, souples, vivantes, tracé épuré, japonisant, sur maisons, fenêtres, balcons, toits, tuiles, couleurs, gouttières, au bas de la croix ; et bleu doux mêlé de blanc vaporeux au-dessus."

mon texte pourrait se situer entre le dessin et le croquis, si l’on considère les caractères de simplicité, de rapidité d’exécution et de mise en place des formes et des masses.
mon choix s’est orienté vers ces deux définitions, le dessin et le croquis étant deux formes prédominantes dans mon travail et mes centres d’intérêt, pour ces mêmes aspects (simplicité, rapidité, construction), et pour la facilité qu’ils offrent à se mêler à différents supports, techniques...


  • Paysage (07.01.08)

« décrire un paysage de notre enfance qu’on a beaucoup aimé... »

(Puits de Lauris)
Champs étendus, écrin de chênes et de pins. Terre grasse.
Odeurs. Fleurs blanches, fragiles et foulées qui envahissent les champs et les sens, et ma mémoire. S’y allonger, s’imprégner de l’odeur, forte, regarder les fins nuages qui avancent doucement.
Ciel bleu, air doux, lumière tendre. Au loin, un bout de Sainte Victoire. Reflets jaunes et gris bleutés.
Silence et calme de la nature. Force du lieu, force des chênes, centenaires... jeu, peur de grimper, branches comme des bras ouverts pour se reposer.
S’appuyer contre le tronc, sentir la rugosité, fermer les yeux et se laisser envelopper, devenir arbre.
Ruine, vie passée, présence et abscence, imaginaire.
Derrière, une piste. Elle monte et va se perdre en mille sentiers dans les valons, sur les collines blanches et rouges et ocres, sèches et luxuriantes.

(Souvenir lointain)
Une arrière-cour (de restaurant, mémoire rapportée).
ma mère (en train de me photographier, témoignage sur le mur).
moi, petite, assise dans un carton.
A côté, deux petites filles, souriantes, métissées(au fond de ma mémoire, et sur le mur, toujours).
Envie de me lever, coincée dans ce carton (souvenir ancré).
Sur la photo, un air un peu étonné. Dans ma tête, une envie d’aller vers les bras maternels. Pas d’angoisse, un souvenir, l’unique, de cette vie par delà l’océan.

A mes yeux, le paysage n’est pas que description de ce qui se trouve en face de soi, et de ce qui ne fait appel qu’à la vue.
C’est un instant, une vision des choses telle qu’elle est ressentie à ce moment précis, une fleur comme une fleur, mais aussi comme une odeur, un rayon de soleil comme une lumière mais aussi comme une chaleur sur la peau...
Je pense à Bobin et Boubat dans la poésie de ces instants...


  • Survoler la Terre.. (26.03.08)

Écrire, décrire la Terre, telle qu’on la voit évoluer sous nos yeux, sur un écran (GoogleEarth).
Ne se fier qu’aux sensations, impressions, vision générale.

"Gibraltar, la frontière, le lien entre deux mondes dans le monde.
Inde, mystère et rêve, contours connus, intérieur physique inconnu.
méandres, volutes, plis, peau verte et marron et grise et bleue.
Japon, le rêve effleuré.
Arborescence de terre et d’eau dans la glace.
Terre chaude. Terre froide.
Gouttes de glace dans le bleu. Abstraction.
Le Horn. La Patagonie. Terre rêvée et effrayante, récits de marins qui ne trouvent pas leur résonance vu d’ici.
Comètes d’écume sur l’eau.
Dents de râteau jaillissant de la côte. Port.
Un champ rond comme la Terre.
Comme un fil bleu qui se perd dans le vert.
Fleuve, forêt et terre, comme une pierre précieuse.
Fleuve bleu, arborescence jaune, « enfert vert ».
Lichens de terre et d’arbres."


  • fiction..

Écrire un récit, une fiction sur le thème suivant : pourquoi le ferry qui fait la liaison marseille / Ajaccio n’est jamais arrivé à destination ?
Y intégrer ces trois objets : grelot africain / diamant rose (en plastique) / rouleau de scotch.

Façon titre de journal :
"Un rouleau de scotch, un grelot africain, et un diamant rose...
Les trois nouveaux pourraient éclairer l’affaire de la ligne marseille/Ajaccio.« Façon..? : »La corne retentit et sonne à mes oreilles comme un grelot. Un grelot qui ressemblerait à une statuette africaine en bronze à la cire perdue.
Le navire s’ébranle lourdement et glisse sur l’eau comme une mouette sur l’air.
Le soleil couchant de ce soir de mistral qui me fait vaciller sur le pont supérieur me rappelle le rose pâle de mon trésor.
Un trésor, oui, ce diamant ramené d’une mine du fin fond de l’Afrique noire à marseille, port de toutes les attaches, de toutes les civilisations, pour aller finir en lieu sûr dans un paillet perdu sur les cimes qui dominent Ajaccio.
Ce trésor, il est pour l’instant dans un placard de ma cabine, délicatement emballé dans un vulgaire carton rempli de rouleaux de scotch, pauvre cargaison qui cache et protège un joyau.« Façon rêve : »Le grelot du ferry tinte.
Le navire savamment emballé de kilomètres de scotch (pour l’étanchéité) s’ébranle.
La ligne de flottaison est sous l’eau.
Le diamant rose doit être trop dense.
Arrivons-nous à bon port ?« Façon..? : »Le mistral bat dans mes oreilles, me glace jusqu’aux os, mais je reste là, sur le pont supérieur du monte Cinto, vieux paquebot qui assure la ligne marseille / Île Rousse . J’aime ces départs. Le soleil se couche, et la mer, derrière la ligne protectrice de la digue moutonne et semble chercher à attraper et engloutir les mouettes, rieuses et légères, qui la narguent dans les airs.
marseille / Île Rousse, dernière étape de ce long périple africain. Retour. Nostalgie. Les tintements des grelots dans les cérémonies Nagô et les reflets roses de diamants au fond des mines Ethiopiennes résonnent et scintillent dans ma tête.
Je met la main dans ma poche. Elle se heurte au plastique froid et rigide du rouleau de scotch qui m’a servit à « coller » tant d’images dans mon carnet de voyage.
Le vieux navire glisse sur l’eau du port et bientôt va lutter contre les éléments, les vagues qui vont l’assaillir, les embruns qui vont ajouter quelques cloques de rouille à celles déjà existantes et le vent qui va le faire gîter toute la nuit dans de sourds grincements. Un sentiment étrange m’envahit.
Et si le voyage finissait là ?"

Je me suis sentie assez frustrée dans cet exercice, n’arrivant pas à faire déborder mon imagination, à lui enlever ses limites afin d’aboutir à une histoire qui porte et emporte, malgré l’absurdité et la déraison induites par les trois objets imposés dans la perte du paquebot.
Je suis néanmoins assez contente du dernier essai, qui se rapproche plus d’un récit de voyage, et qui me conforte dans l’intérêt de travailler sur le récit et de le lier à d’autres techniques pour faire « sens commun ».
La « façon rêve » me convient également assez, dans le sens où, comme pour les premiers textes (voir article « Dessiner avec des mots (04.12.07) »), je tend vers une simplicité du récit et me permet de passer d’un fait banal à un fait extraordinaire de manière fluide.


  • Récit..

En inversement de l’exercice précédent, nous devons maintenant faire un récit, raconter une histoire avec des objets, sans tomber dans la narration pure...
Je n’ai pas de photo, juste un croquis préparatoire :
Un petit coin tranquille.



  • Rencontres..

"Prendre en photo un ensemble d’objets (au moins trois) qui nous aura sauté aux yeux par l’harmonie, la force de leur relation.
(Je pense à des photos de Boubat, ou de Shoji Ueda.. moi qui aime avoir le nez en l’air et m’émerveiller de ces choses qui semblent vivre entre elles-mêmes, dans un espace et un temps qui nous est inconnu..)
Écrire un texte qui décrira ces objets en utilisant le détournement, le mystère, en créant du doute, de l’incertitude quant à la réelle nature et situation de ces objets."

Premières photos :

Photo retenue :

1er essai :
Un intérieur rustique. Plancher, bois, objets usuels, miroir, poêle.
Lumière tamisée. Soleil de fin d’hiver qui perce au travers d’une fenêtre par laquelle on ne peut voir que le ciel.
Table, dame-jeanne, couteau.
Se rassembler, se désaltérer, se nourrir.
Essence de la vie. Trois objets où tout se rassemble.
Simplicité, aller à l’essentiel, vivre avec et de l’essentiel.
Espace et objets figés dans le temps. dans un temps.
Temps autre, qui n’est pas le nôtre.
Imaginer la vie autour de ces objets. Vie simple et essentielle. Aller à l’essentiel.
Objets qui s’animaient, s’animent et s’animeront.
Perpétuer le temps, perpétuer les gestes.
Se rassembler, se désaltérer, se nourrir.

2e essai :
Pas de lumière artificielle. Le jour d’hiver tamise l’espace à travers une fenêtre haut perchée.
Intérieur rustique. Plancher, bois, objets usuels, miroir, poêle.
Particules de poussière en suspension dans l’air et sur les meubles, le sol.
Table, dame-jeanne, couteau. L’essence de cette vie. Temps suspendu.
Espace de vie, qui la suggère... Tout est pourtant si figé, posé, presque lourd, sensation d’abandon, et puis, quelle époque ?... pas la nôtre.
Arrêt dans le temps, ou même, retour dans le temps.
Comme si on avait poussé la trappe grinçante d’une vieille grange abandonnée dans la montagne.
Action qui nous fait voyager dans le temps.
Cette dame-jeanne, qui a été la dernière personne à y avoir porté les lèvres, et quand ?
Ce couteau, quand a-t-il été pour la dernière fois essuyé sur un bout de pain ?
Cette table, à quelle époque a-t-elle rassemblé des gens ?
Le poêle semble froid.
Comme une vieille carte postale trouvée au fin fond d’une vallée, dans un refuge abritant dans l’année trois touristes en mal d’air pur et de vie rude. Carte postale racornie racontant un temps d’avant.
Non, c’est une photo. Couleur. Au dos, une date : 23 avril 2008.

J’essaie dans cet essai de jouer sur le temps, l’époque, de plonger l’auditeur dans une ambiance, un espace-temps qu’il identifie par la description comme éloigné, avant d’être projeté dans le présent par quelques indices.


ESAAix - École supérieure d’art d’Aix-en-Provence - http://www.ecole-art-aix.fr