Événements - Conférences et tables tondes -

Peur et stupeur

Rencontres thématiques du 2 novembre (à partir de 14h) au 4 novembre 2016
Amphithéâtre de l’école supérieure d’art d’Aix-en-Provence

Entrée libre sous réserve de places disponibles

L’école supérieure d’art vous invite à explorer les notions de peur et de stupeur au travers d’une succession de conférences faisant intervenir artistes et chercheurs.

Nous avons parfois l’impression de vivre dans l’âge de la peur. La figure du terrorisme domine l’actualité, les frontières se ferment aux populations en détresse, la sécurité polarise les discours politiques. Déjà, Aristote soulignait l’importance de deux émotions fondamentales, la crainte et la pitié. Significativement, elles apparaissent dans « La Poétique » comme l’objet de sa théorie de la catharsis, dont il fait une fonction de l’art dramatique et de la tragédie, un moteur de notre relation à la fiction.

Faire peur, jouer sur les angoisses collectives, bloquer la réflexion lucide au profit de l’effet de stupeur, ou d’un autre côté susciter la pitié, la compassion, l’identification avec la souffrance de certains et l’indifférence à la souffrance des autres, ce sont de vieilles recettes qui restent manifestement efficaces. Elles permettent de manipuler les comportements, de mobiliser ou de démobiliser les masses, d’influencer les votes, de déterminer la lecture que le public peut faire de la réalité présente. Elles interpellent chacun de nous et interroge notre propre place comme notre relation aux autres.

Parce que la peur se nourrit d’images, la politique de l’émotion est aussi une dramaturgie des images, c’est une mise en spectacle de la puissance de sidération. Elle questionne notre sensibilité, elle interroge ses usages et notre capacité à la vivre et à l’articuler à l’exercice de la pensée. D’autant que la part de l’émotion est aussi une composante importante de l’activité cognitive et du processus de production du savoir, comme elle est un moteur de la création. La peur implique du coup l’exigence contraire d’une intelligence de la sensibilité ou d’une politique du sensible qui ne peut laisser les artistes indifférents.

Programme

Mercredi 2 novembre

  • 14h : Psycho-géographie de la peur par Jean Cristofol, philosophe, professeur à l’école supérieure d’art d’Aix-en-Provence.

    L’espace de la peur est traditionnellement celui de l’ailleurs, du lointain, de l’inconnu. Dans un monde où l’ici et l’ailleurs, le proche et le lointain, le local et le global s’interpénètrent, une nouvelle psycho-géographie de la peur se dessine.

  • 15h : Précursion par Thierry Fournier, artiste, commissaire d’exposition - www.thierryfournier.net

    Autour de la présentation son installation en réseau Précursion et d’autres pièces, Thierry Fournier évoquera des fictions de construction de la peur et de l’urgence dans un contexte d’économie de l’attention, sur le web et dans les médias.

Jeudi 3 novembre

Vendredi 4 novembre

  • 10h : La peur, une passion politique ? par Roland Gori, psychanalyste, professeur émérite à l’université, auteur.

    Roland Gori a publié récemment « Fait-il renoncer à la liberté pour être heureux ? » (2014) et « L’individu ingouvernable » (2015), qui portent sur le rapport entre liberté et sécurité et qui soulèvent la question des formes contemporaines du fascisme.

  • 10h45 : Témoignages par Julien Sauvaget et Marine Dubois, artistes.

    Comment et pourquoi des documents glanés sur le monstre et la peur, lors d’une itinérance, entrent-ils dans le champs d’une fiction ?

  • 14h : Etat d’urgence par Barbara Satre, historienne de l’art, enseignante à l’école supérieure d’art d’Aix-en-Provence.

    La réaction physique et émotionnelle du spectateur est une recherche centrale des expériences artistiques issues de l’art corporel. Il s’agit de proposer un parcours d’exploration des performances, élaborées dans les années soixante et soixante-dix, qui soulèvent la question de l’urgence de susciter auprès du public un sentiment d’insécurité propice à faire naître un nouvel état d’attention ou d’alerte. Nous verrons comment ces actions menaçantes (Gina Pane, Marina Abramovitch, Carolee Schneemann, Chris Burden…) trouvent aujourd’hui des lieux privilégiés d’expérimentation sur scène, en théâtre (Jan Fabre et Roméo Castelucci) ou en danse (Lisbeth Gruwez).

  • 15h : Se faire laver de la peur par Arianna Cecconi, anthropologue.

    Un regard anthropologique sur la peur comme maladie et sur les pratiques rituelles pour la soigner, en Italie et au Pérou.

  • 16h : Le Giscardpunk expliqué aux générations X, Y et Z par Florent Deloison, artiste (diplômé de l’ESAAix en 2009) - www.florentdeloison.fr

    Le Giscardpunk est une uchronie dystopique, où la France, devenue une dictature militaro-industrielle, est dirigée depuis sa réélection en 1981 par Valéry Giscard d’Estaing. Mon travail, que je présenterais à cette occasion, est souvent influencé par mes angoisses et autres névroses et s’inscrit dans cet univers parallèle.

Les rencontres thématiques

Deux à trois rencontres thématiques de culture générale sont organisées chaque année à l’école supérieure d’art. Inscrites dans le cursus, il ne s’agit pas de colloques qui prétendraient faire le point de l’actualité sur une question, réunir les meilleurs spécialistes, etc, mais d’une série d’interventions destinée à soulever le débat, croiser des points de vue, permettre un moment d’information et d’échanges autour d’une question.

Peur et stupeur
Du 2 novembre (14h) au 4 novembre 2016
Amphithéâtre de l’école supérieure d’art, rue Emile Tavan, Aix-en-Provence
Entrée libre sous réserve de places disponibles

Coordination : Jean Cristofol, enseignant en philosophie et épistémologie à l’ESAAix.

Visuel bannière : Expression faciale de la peur, tirée de Charles Darwin, The Expression of the Emotions in Man and Animals (1872), à partir d’une photographie du Dr. Duchenne



ESAAix - Ecole supérieure d’art d’Aix-en-Provence - http://www.ecole-art-aix.fr