Événements - Conférences et tables rondes - 2015/16 -

Vers un art de l’hypercontrôle #2

Programme détaillé des rencontres thématiques

Jeudi 12 novembre - Ecole supérieure d’art d’Aix-en-Provence

9h30 - 12h

Introduction par Jean-Paul Ponthot, directeur de l’ESAAix, Jean Cristofol, philosophe et enseignant en épistémologie à l’ESAAix, et Colette Tron, auteur, critique, directrice artistique de l’association Alphabetville.

A Crossing Industry : Le jeu vidéo comme dispositif documentaire critique par Cédric Parizot, anthropologue du politique, chercheur au CNRS-IMERA, coordonnateur de l’antiAtlas des Frontières et Douglas Edric Stanley, artiste et enseignant hypermedia à l’ESAAix.

A Crossing Industry est un jeu vidéo qui plonge le joueur dans les réseaux qui assurent le passage clandestin des ouvriers Palestiniens de Cisjordanie vers Israël depuis les années 1990. Il est développé par Cédric Parizot (IREMAM, CNRS/Aix Marseille Université), Douglas Edric Stanley (artiste programmeur, enseignant à l’ESAAix), Jean Cristofol (philosophe, enseignant à l’ESAAix) et des étudiants de l’école supérieure d’art d’Aix-en-Provence depuis septembre 2012. C’est une expérimentation au croisement de la recherche et de l’art puisque ce jeu s’inspire de recherches ethnographiques pour documenter les processus qui structurent les espaces frontaliers en Israël/Palestine, tout en développant sa propre logique artistique.

Walking the data : outils de transmission des expériences menées sur le territoire d’Hôtel du Nord par François Parra, artiste et enseignant en atelier son à l’ESAAix.

Hôtel du Nord est une coopérative d’habitants qui développe des activités de recherche et d’action autour du patrimoine. Elle labellise et distribue, chambres d’hôtes, produits, savoirs-faire, permettant d’expérimenter autrement l’habitat dans les quartiers nord de Marseille. Elle centralise des informations, des données, des démarches, des inventions, dont le nombre croissant pose la question de leur conservation et de leur disponibilité. Walking the data est un projet, prenant actuellement la forme d’une carte médiatique dynamique, qui tente de fabriquer un espace de mémoire collective s’appuyant sur des préoccupations esthétiques croisant territoire et technologies.

The Virtual Deputies par Joana Moll, artiste et chercheur, membre du comité scientifique et artistique du collectif transdisciplinaire l’antiAtlas des Frontières.

The Virtual Deputies est un projet en cours, à l’intersection de l’art, de la recherche et des technologies. Le projet puise ses éléments dans un groupe Facebook appelé « Blueservo ». Ce groupe réunit des volontaires civils qui surveillent la frontière entre le Mexique et les États-Unis dans le but de réduire la délinquance aux frontières et de contribuer à bloquer l’entrée sur le territoire US des immigrants illégaux. Le projet développe une démarche d’investigation et d’analyse du caractère affectif des relations qui se nouent entre les membres du groupe et les technologies de surveillance qu’ils utilisent. Le but est de montrer comment ce processus d’investissement affectif de la technologie peut apparaître comme un mécanisme essentiel dans la production et la légitimation d’une société « post-panoptique ».

14h - 17h30

Vers un art poétique de l’hypercontrôle par Paul-Emile Geoffroy, chercheur à l’Institut de Recherche et d’Innovation du Centre Pompidou et membre du Conseil d’Administration de l’association ars Industrialis.

Inventer un ars de l’hypercontrôle, c’est se demander ce que la révolution technique du digital fait à l’art. Il s’agit alors de questionner ce que pourrait être un art poétique de l’hypercontrôle à l’époque de la destruction de la langue par les algorithmes de Google. Il faut pour cela se demander d’abord ce que le digital transforme dans la fabrique de la langue. Puis, quels outils numériques nous permettent de mettre en œuvre le programme d’un art poétique de l’hypercontrôle, c’est-à-dire comment utiliser la technologie digitale au service de la langue plutôt que contre elle.

Données numériques, éditorialisation, interprétation et savoir vivant. Pour des « technologies de l’esprit » par Colette Tron, auteur, critique, directrice artistique de l’association Alphabetville.

Concernant le traitement des données numériques, comment développer et actualiser des protocoles éditoriaux articulant manières de penser et supports technologiques ? Car la pensée n’est pas immatérielle et évanescente mais s’exprime autant qu’elle s’imprime, à travers les organes humains et ses instruments, et dont la pratique, « depuis l’origine de l’hominisation désorganise et réorganise les cerveaux et les esprits (comme minds et comme spirits) », écrit Bernard Stiegler (La société automatique, 2015). On se demandera quelles politiques de publication mettre en œuvre pour des « technologies de l’esprit », évitant court-circuits organologiques et désordre entropique.

Qu’est-ce donc que cela qui nous est donné et dont nous ne pouvons nous ressaisir ? par Cécile Portier, auteur et fondatrice du blog petiteracine.net

Etant donnée a pour point de départ l’œuvre de Marcel Duchamp, Étant donné : une femme nue, allongée, dont nous voyons tout, sauf le visage, et qui tient à la main un bec de gaz pour éclairer... le plein jour. Nous sommes dans cette situation : les données nous font la promesse de pouvoir « tout » voir, on oublierait presque qu’il existe un point aveugle. Cette figure de la femme découverte inconsciente sera le personnage de cette histoire. Elle se réveille, est amnésique : elle est un puits d’oubli, à remplir de ses traces antérieures. Ainsi observée, objectivée, elle se révèlera éclairante dans son mystère même, portant une autre lumière sur le plein jour de ces données numériques qui ne se donnent pas tant à voir (elles existent sous le régime de l’invisibilité, dans leur processus de collecte et de calcul, d’algorithmes que nous ne maîtrisons pas) mais travaillent à nous rendre chaque jour un peu plus « transparents ».

Bifurquer vers le Néguanthropocène : la nécessité d’un « ars de l’hypercontrôle » par Anne Alombert, doctorante en philosophie contemporaine à l’Université Paris Ouest - Institut de Recherche et d’Innovation du Centre Pompidou.

Si l’automatisation et la prolétarisation propres au stade contemporain de l’Anthropocène sont productrices d’entropie, c’est qu’elles désintègrent les processus néguentropiques que constituent les savoirs. Il s’agira de voir comment un « ars de l’hypercontrôle », indissociable d’une inventivité politique, économique, scientifique et organologique, pourrait mettre les technologies numériques au service de la constitution de savoirs, et engendrer ainsi une bifurcation vers le Néguanthropocène.

Vendredi 13 novembre - Ecole supérieure d’art d’Aix-en-Provence

10h - 12h

Le Big Data, un nouvel or digital ? par Dominique Augey, économiste, laboratoire de droit des medias et des mutations sociales, Aix-Marseille Université.

Le Big Data est souvent vu comme un ‘nouvel or digital’. Les économistes pronostiquent de nouveaux marchés et de nouveaux emplois. Alors qu’est-ce que le Big Data vu par un économiste ? Quels sont ces nouveaux marchés qu’on nous annonce ? Va-t-on vers une troisième révolution après celle de Gutenberg et de l’industrialisation du 19e siècle ? Le Big Data est intimement lié à la numérisation de la société. Cette dernière va-t-elle changer sous le poids du flux des données en masse ? Allons-nous vers une ubérisation des marchés ? Mille questions sur lesquelles les économistes essayent d’apporter un éclairage.

Art and Big Data par Peter Sinclair, artiste, responsable du laboratoire de recherche Locus Sonus - ESAAix.

Le Big Data est un ensemble complexe de flux de données qui échappent à la perception. On ne peut avoir accès à ces flux que par des systèmes de traitement des données et, plus intuitivement, par des formes de visualisation ou de sonification. Ces dernières transforment notre perception et notre capacité à interpréter les impressions qui proviennent de notre environnement. Cela suppose nécessairement des choix esthétiques. Cela ouvre aussi un espace d’investigation pour les artistes qui, au-delà des questions esthétiques, interrogent les enjeux poétiques, cognitifs et politiques des Big Data.

Effets de situation par Jean Cristofol, philosophe et enseignant en épistémologie à l’ESAAix.

Les Big Data sont une véritable « matière » dont les formes de production, de traitement, de valorisation économique et d’utilisation sociale constituent un enjeu déterminant. L’un des aspects de cet enjeu est de nature épistémologique, il touche au processus de la connaissance et de la représentation. Cela est particulièrement sensible quand on s’intéresse à la spatialisation des données, à la représentation de l’espace et à la cartographie. Les données sont au coeur de la production d’une nouvelle « spatialité », elles déterminent de nouvelles façons de l’expérimenter et de nous y situer.

14h - 18h

Big Data, open data, web sémantique, vers une construction algorithmique d’une réalité à détourner ? par Benjamin Cadon, artiste, et cofondateur de Labomedia à Orléans.

L’avènement des assistants personnels, des systèmes de suggestion de contenus, la numérisation de notre vécu quotidien, la généralisation de la collecte de données concomitantes avec l’ouverture des données publiques, autant d’éléments qui dessinent une réalité peuplée d’algorithmes et vouée à perpétuer un système pourtant promis à l’effondrement. La société civile, les artistes, hackers et autres activistes constituent-ils l’avant-garde d’un autre modèle de société, fruit de la coopération et d’un détournement frugal de notre devenir technologique ?

The Sight of Migration : Governmentality, Visibility, and Europe’s Contested Borders par Martina Tazzioli, doctorante d’études politiques de l’Université de Londres, rattachée au laboratoire LAMES de l’Université d’Aix-Marseille.

Cette présentation interroge la façon dont les réflexions sur les façons de gouverner, les techniques de visibilité et les systèmes de contrôle, peuvent s’enrichir réciproquement. Construite sur des discussions récentes en faveur d’une conceptualisation plus rigoureuse de la visibilité, la présentation s’efforcera d’examiner ce que signifie et produit la visibilité dans le contexte du contrôle des migrations en Europe et elle interrogera les modes de contrôle que cela génère. L’idée principale que défend cette présentation est que les formes actuelles de gouvernement par la visibilité, dans le domaine des migrations, ne conduisent pas à une maitrise incontestable des comportements et des mouvements, mais plutôt à une politique décousue de la visibilité.

Hypercontrôle et automatisation de l’Eros par Igor Galligo, chercheur en esthétique à l’Institut de Recherche et d’Innovation du Centre Pompidou.

Le traitement automatique de données et catégories personnelles produites et éditées par les nouvelles applications de rencontre sur smartphones (Tinder, Happn, etc.) est un exemple frappant de l’automatisation de l’eros. Elles court-circuitent non seulement les processus de sublimations pulsionnels, mais aussi toute singularité qui pourrait se former dans le désir et dans la rencontre de l’autre. L’enjeu de notre propos sera de nous interroger sur les modalités d’une transindividuation et d’une poétisation par et de la rencontre digitale. Cette recherche nous conduira à proposer une articulation organogénétique entre anthropologie, arts, technologie et philosophie pour les digital studies, et l’édification d’un Néguanthropocène.

[Table-Ronde] Maitrise des données et formes de la connaissance

En présence de Bernard Stiegler, philosophe, docteur de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, président de l’association ars industrialis et directeur de l’Institut de Recherche et d’Innovation du Centre Pompidou, Jean Cristofol, philosophe et enseignant en épistémologie à l’ESAAix, Cédric Parizot, anthropologue du politique, chercheur au CNRS-IMERA, coordonnateur du programme antiAtlas des Frontières et Roger Malina, astrophysicien et directeur de Leonardo/Olats, observatoire arts, sciences technologies (sous réserve).

Samedi 14 novembre - Fondation Vasarely

16h30 - 20h30

• 16h30-17h15 / Visite commentée de l’exposition GAMERZ à la Fondation Vasarely par les directeurs du festival.

Pour sa 11e édition à Aix-en-Provence, du 6 au 15 novembre 2015, le festival GAMERZ propose, au travers d’un circuit d’expositions, de rencontres, et d’ateliers entièrement gratuits, de placer sur le devant de la scène des créations en filiation avec l’univers et les technologies des jeux vidéo, offrant un panorama de ces nouveaux dispositifs artistiques.
+ d’informations sur www.festival-gamerz.com

• 17h30 / [Projection] René de Jean-Luc Godard (52’)
Issu de la série Six fois deux, sur et sous la communication réalisée en 1976 pour la télévision (France 3). Archives Ina.

Jean-Luc Godard s’entretient avec le mathématicien René Thom, inventeur de la théorie des catastrophes. Branche de la théorie des bifurcations, cette dernière considère les variations soudaines que sont les singularités. Tandis que Thom explique comment il cherche à « géométriser la sémantique », Godard interprète en images et en mots des formules et un vocabulaire des mathématiques, tout en bifurquant.

• 18h30 / [Conférence] Faire la différance, par Bernard Stiegler, philosophe, docteur de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, président de l’association ars industrialis et directeur de l’Institut de Recherche et d’Innovation du Centre Pompidou.

La différance est un concept qu’a forgé Jacques Derrida. Je l’ai moi-même spécifié en un sens qui sort du cadre strictement derridien, passant notamment par Gilbert Simondon, et comme processus d’individuation. Je tenterai de montrer dans cette conférence pourquoi et comment l’impératif de faire la différance dans l’Anthropocène doit nous conduire à mener des programmes transdisciplinaires fondés sur une organologie générale et une pharmacologie positive, elle-même conçue comme une therapeia en un sens qui reprend certains chantiers de Michel Foucault.

Vers un art de l’hypercontrôle #2
Bifurcations, évènement, inventions, néguentropie

Les 12, 13 novembre 2015
École supérieure d’art d’Aix-en-Provence
Rue Emile Tavan, 13100 Aix-en-Provence


Le 14 novembre 2015, de 16h30 à 20h30
Fondation Vasarely
1 Avenue Marcel Pagnol,13090 Aix-en-Provence


Entrée libre sous réserve de places disponibles

Vers un art de l’hypercontrôle #2 est une coproduction entre l’école supérieure d’art d’Aix-en-Provence et l’association Alphabetville, en collaboration avec l’Institut de Recherche et d’Innovation (IRI).

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