Étudiants - Archives des années précédentes - 2008/09 - 1° année (2008/09) - MÉMOIRES - FERRATO Julien -

Sculpture, Volume et Performance

Du 27 novembre au 19 décembre, nous avons eu six journées consacrées à une première approche de la sculpture, du volume et de la performance avec Jean-marc Andrieu et Robert Oeuvrard (professeurs volume et sculpture). Cet article rapporte les exercices et les expériences effectués, les rencontres avec les artistes ainsi que les commentaires sur mon travail.

Dessins d’Objet Cachés

Le premier exercice consistait à dessiner des objets cachés dans des sacs, de les deviner avec une main et de les retranscrire sur papier avec l’autre sans pouvoir les voir. Seule la sensation du toucher pouvait me guider.

Pour ma part j’ai essayé de sentir les objets, il m’a été difficile de les percevoir comme des parcours et de résister à l’appel des volumes. De plus, l’impossibilité de créer des effets d’ombre et de lumière ainsi que de voir leurs couleurs me forcer à faire appel à mon imagination et de prendre le parti d’une seule couleur par dessin. J’ai alterné mes outils de dessin et ma vitesse d’écriture pour être plus dans la sensation que dans la retranscription. Au final certains de mes dessins me rappellent mes croquis explicatifs en Arts Appliqués malgré la souplesse des traits et d’autres me ramènent à des objets imaginaires.


Ensuite nous devions les présenter, je les ai disposé de manière horizontale (format paysage) et j’ai structuré un rectangle avec 3 lignes comprenant 4 dessins chacunes, mais j’ai déplacé celui du coin supérieur droit pour le placer en haut à gauche de la structure afin de créer une ouverture et de casser le sens de lecture apparant pour qu’ils puissent être compris individuellement.

modelage sans visibilité (mSV) : Les Formes Sentimentales

Pour le deuxième exercice on nous à fournit un pain de terre de 10Kg, le but étant de se bander les yeux pour produire au moins « 12 formes de la plus grande variété formelle possible ».

Dans un premier temps j’ai découpé mon pain de terre en 12 morceaux de façon aléatoire et de différentes tailles.

Ensuite j’ai enfilé mon bandeau sur les yeux et j’ai commencé à pétrir et modeler la terre. Je me fixais un mot, une sensation ou des verbes d’action dans la tête et laissais mes mains les exprimer. Le but étant de remplir pleinement l’exercice en produisant une variété importante.
Voici la liste des mots qui mon inspirés ainsi que les photos des formes obtenues.

JPEG - 8.6 ko
Arracher & Assembler
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Caresser
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Déchirer
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Boules
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Enfoncer
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Violence
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Gratter (avec une fourchette)
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Pincer
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Enrouler
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Jetter
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Stress
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Visser/Tourner

A la suite de cela, il fallait trouver un dispositif de présentation dans l’espace. J’ai libéré l’espace se trouvant sous mes dessins puis j’y ai déposé deux tabourets avec une fine planche de contreplaqué. J’ai ensuite déposé les 12 formes en ligne. La planche de contraplaqué ne pouvant supporter le poid de ces objets, j’ai disposé les formes de façon à avoir une légère courbure de la planche, une sorte de mouvement en suspend. Je présentais ces 12 formes comme sur un étalage, une sorte d’échantillonnage.

L’ensemble de l’installation était une explication sur le toucher par des vecteurs tels que le dessin et la sculpture, la simplicité de la présentation étant là pour servir au mieux la lecture.

Agrandissement

Le troisième exercice était de reproduire le plus fidèlement possible en l’agrandissant l’une des formes produites, en utilisant la totalité de la matière des onzes autres.

J’ai choisi la forme qui me parraissait la plus interressante la numéro 10 : Jeter. Elle était le résultat d’un enchaînement aléatoire de jets contre le sol, et mon but était de la reproduire avec une technique différente : en la modelant. Après avoir reproduit les proportions en ajoutant bout à bout les morceaux de terre, j’ai commencé à lisser avec mes doigts, mais je n’étais pas satisfait du résultat obtenu. J’ai donc réalisé les finitions de mon agrandissement avec la même technique utilisée sur l’original. Je me suis mis à soulever l’agrandissement pour lui faire subir des chocs sur le sol pour me rapprocher au maximum du modèle de base en terme de forme et de réalisation. Il n’y a pas que les proportions qui ont été multiplié mais aussi l’énergie déployée à sa réalisation.

Pour la présentation j’ai disposé les formes sur du contreplaqué. L’original étant sur une grande planche en hauteur sur un tabouret et l’agrandissement sur une planche plus petite au pied de la première. J’ai voulu fausser la notion original/agrandissement, et le rapport d’échelle pour que le spectateur ne soit pas interpellé par ce détail, je voulais que les formes soient regardées pour ce qu’elles expriment malgré leurs similitudes.


Steven marsden

Nous avons eu la visite de l’artiste Steven marsden qui est un sculpteur d’origine anglaise vivant en France. Il nous a présenté son travail de ses débuts jusqu’à ses dernières créations. A ses débuts il réalise des choses proches du Land Art avec des formes de coquillage mise en situation en extérieur et sans socle. Il nous a ensuite raconté une anectode qui influença son rapport avec la sculpture, un jour en voyage il acheta des preservatifs fantaisie. Plus tard, en les ressortant, il s’en sert de moule, pour obtenir de petits moulages qu’il agrandit ensuite, cela donne des sculptures étonnantes ornées de picots et de tentacules, en forme de cactus ou même d’avion... Il continua son travail de moulages sur des jouets ou des objets souvenirs et surtout son travail d’agrandissement.

Un des premiers travail de Steven Marsden
Sculptures moulées avec des préservatifs fantaisie

Cette rencontre fût interressante surtout après avoir nous même réalisé des agrandissements. Les explications sur le travail d’agrandissement et les techniques pour conserver les proportions étaient intérressantes. mais surtout le fait de voir comment d’un objet industriel il est possible de faire ressortir un côté sculptural insoupçonné et d’y apporter un sens en plus ou un sens différent.

Dessiner des « Actions »

Le quatrième exercice était de dessiner des actions réalisables avec le pain de terre en vue d’une performance.

Au début je me suis amusé avec mon pain de terre à réaliser des actions avec mes mains ou des outils, des actions qui viennent naturellement, des actions d’un type « primaire » qui influencent directement la forme du pain de terre : couper, frapper, rouler, bouler... mais à la suite de ce travail et après avoir fait un échatillonnage de quelques actions je me suis intéréssé à un second type d’actions qui n’influencé pas que sur le physique de la terre. Des actions de « mise en scène » du pain de terre comme s’il devenait personnage : ballader, dîner, promener, calîner, éduquer... J’ai donc produit une série de petits schémas explicatifs mettant en scène une personne lambda et le pain de terre avec les verbes d’actions à l’infinitif à côté. Je pense que cela fonctionne bien grâce à la quantité produite.




Pour la présention j’ai photocopié mes pages de schémas pour les faire passer du format A4 au A3 pour plus de lisibilité. J’ai ensuite disposé un morceau de pain de terre emballé sur un tabouret sous les pages de schémas. J’ai construit mon installation comme si le pain de terre était un objet et les dessins son mode d’emploi. J’ai voulu apporter un décalage avec le but de l’exercice. Le fait même de voir le mode d’emploi d’un pain de terre était absurde surtout quand on y voit les actions possibles.
Steven marsden qui était présent lors de notre présentation m’a fait une remarque qui a attiré mon attention, il a comparé ses actions absurde à un clip des Red Hot Chili Pepers intitulé « Can’t Stop » réalisé par Jeff Wurtz. On y voit le groupe de musiciens dans des actions absurdes avec des objets.
J’aime l’idée de prendre un objet avec tout ce qui le fait : son esthétique, sa fonction, sa sémantique... (qui sont les champs d’études que j’abordais pendant le lycée en Arts Appliqués) et de donner un sens ou une fonction complètement différente.

Le clip des Red Hot Chili Peppers est disponible ici

Performance

Introduction

A la suite de tout le travail effectué nous devions inventer et réaliser une performance en y intégrant le pain de terre.

Je connaissais Chris Burden et ses performances risquées (« Shoot » 1972) et celles de Joseph Beuys. J’avais entendu parler de performance mais je n’en avais jamais réaliser.

mais pour que nous cernions mieux le travail sur la performance, on nous a présenté un film de Robert dans lequel il réalise une performance. Dans le film on voit une femme debout récitant un texte en marquant des poses entre chaques mots et Robert qui découpe des pain de terre en deux en disposant les morceaux autour de la femme jusqu’à la recouvrir entièrement. Le texte est de Georges Bataille qui parlait d’une femme qui à la mort de son amour décide de se tuer dans les excés de la vie.

Recherche

Pour la suite du travail, j’ai fait équipe avec Pierre, et nous avons donc commencé par rechercher puis dessiner les actions de notre performance. Nous sommes partis sur l’idée de construction/déconstruction/reconstruction. L’idée était de partir d’une forme de base avec le pain, puis par des actions individuelles ou collectives de la déconstruire et de la reconstruire sous une forme différente.
Au début de l’action nous sommes immobiles dans la même position avec à nos côtés le pain de terre sur un socle en forme de cube. Ensuite nous découpons le pain en parts égales à l’aide du fil à couper. L’un de nous se remet dans la position de départ tandis que l’autre jette les morceaux obtenus contre le mur. Nous échangeons nos places et le deuxième enlève les morceaux du mur avec un outil. Une fois terminé il se remet au côté du premier. Pour la fin nous ramassons les morceaux et les remettons sur le socle de départ en les collant entre eux pour obtenir un pain de terre différent de celui de départ. L’intitulé de notre performance est : « Commun Accord ».

Nous voulions exprimé, en plus de l’idée de construction/déconstruction/reconstruction, comment deux parties (les deux personnes) peuvent se mettre d’accord au début (découpe du pain de base) et effectuer des actions opposées voir même contraire (coller et decoller la terre) pour obtenir un résultat collectif (reconstruction d’un pain différent). L’idée d’association et de dualité était importante.

Réalisation

Pour réaliser notre projet il a fallut créer un pain de terre cubique ainsi qu’un outil pour décoller la terre, réfléchir à la scénographie ainsi qu’à la mise en scène de nos actions. Nous avons donc dressé le pain de terre sur une planche ronde mise sur un tabouret. Nous avons intégré un feu de signalisation pour piétons qui changé de couleur toutes les 15 secondes ; il était là pour casser l’idée d’autorisation et d’interdiction de nos gestes et pour exprimer un rythme différent de celui de nos actions, et apporter d’autres sens à nos actes.








Conclusion

Après notre performance je ne sais pas si l’idée de construction/déconstruction/reconstruction a été bien comprise car il m’est difficile de me poser en tant que spectateur, mais je sais que lorsque je l’ai fait j’ai bien ressenti la dualité de nos actions. Au niveau de la scénographie, nous avons essayé de faire simple pour que ce soit compréhensible et pour avoir une lisibilité simplifié mais les élements ne me semblaient pas bien positionnés et les premiers commentaires se sont justement portés sur ça. En termes de temps j’ai trouvé la partie où je jette les morceaux de terre longue en comparaison à celle où Pierre les décolle, mais avec le recul, le fait qu’elles ne durent pas le même temps accentue leur opposition.
Dans l’ensemble j’ai été satisfait de voir que nous avions réussi à exprimer quelque chose par nos actes mais déçu de ne pas avoir bien organisé les choses pour qu’elles fonctionnent au mieux. L’expérience a été interessante et m’a fait réaliser tout le travail de réflexion qu’il y a en amont et toutes les idées auxquelles un geste peut amener à faire penser.


ESAAix - Ecole supérieure d’art d’Aix-en-Provence - http://www.ecole-art-aix.fr