Étudiants - Archives des années précédentes - 2010/11 - 1° année (2010/11) - DOCUMENTATION ARTISTIQUE - GREFFE Martin -

Echelles

Avant de m’intéresser aux questions d’échelle, mon travail en Atelier Photo se basait sur les limites, les bords des objets pris avec un objecitf macro. Le fait de voir ces bords, ces démarcations entre matériel et vide me fascinait à un point que ce que photographiais devennait abstrait, on ne pouvait pas exactement savoir ce qui était photographié, ce que c’était. Toujours nettes à 1cm grace à l’objectif macro, il y avait un très faible profondeur de champ permettant par exemple d’étaler une couleur particulière sur une partie de l’image produite.

C’est cette question d’interrogation sur l’objet photographié que j’ai choisi de développer. A l’aide de l’argentique et de l’objectif macro je me suis mis à photographier des sujets auxquels j’étais inhabitués, toujours dans un souci de susciter le trouble chez le spectateur potentiel de la photo. Je voudrais vraiment faire intervenir le spectateur et je pense que le petit livre que nous allons produire pour la fin de l’année me sera d’une grande utilité.

Sur une page la photo, sur l’autre une partie ’suggestions’ où le spectateur notera ce qu’il pense voir à travers cette photo. La première photo qui a donné naissance à cette série, je l’ai faite sans vraiment faire exprès. Prise dans notre atelier, la soleil était rasant, j’ai déclanché sans grande convitction jusqu’au développement du négatif où j’ai vu que j’avais ici la première photo de la série.

Ce travail m’apprend aussi à exercer mon oeil de jour en jour et à chercher des formes assez graphiques et déconcertantes. Aujourd’hui je me rend compte que la notion d’échelle ne touche pas uniquement la matière, savoir si la photo est prise en macro ou si c’est un paysage aérien, l’échelle c’est aussi une question de temps.

La photographe Irina Werning avec sa récente série « Back to the future » a su intelligemment soulever la question de l’échelle sous une forme différente et inédite. Ce sont des photos anciennes, de jeunes couples, des portraits d’enfants originaux. Elle a donc fait poser ces personnes aujourd’hui, une vingtaine d’années plus tard dans le même lieu, la même posture dans laquelle ils étaient mais avec sur elles les marques du temps et les modifications que celui-ci a pu apporter à l’espace architectural. Cette forme d’échelle n’est pas celle sur quoi je travaille mais est tout aussi intéressante et enrichissante.

Autre exemple, c’est le photographe Allemand Thomas Demand qui fabrique méticuleusement des maquettes en carton et divers papiers en se basant sur des photographies personnelles. Une fois sa maquette photographiée il la détruit avec comme argument que le modèle n’existe que pour être photographié et qu’il n’a nullement le statut d’oeuvre. Il tire ensuite ces photographies à l’échelle 1:1 sous Diasec. A travers son travail, Thomas Demand soulève les questions de la fiction et de la réalité : « Tout est réel jusqu’à un certain point ». Face à ces oeuvres, l’oeil du spectateur remettra en doute le réalisme de l’image. Nous avons donc affaire à des photographies sans âme, froides et déshumanisées où notre oeil doute et s’interroge.


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